Blog par : Karine St-Onge
🌍 Cet article est également disponible en anglais : My Emotional Shift with AI – Karine St-Onge
Quand l’IA est débarqué dans mon quotidien
L’IA a d’abord fait irruption dans ma vie comme elle arrive chez beaucoup de spécialistes du test : par LinkedIn, des conférences, un peu de veille, beaucoup de bruit. Tout le monde en parlait avec une certitude impressionnante, comme si l’avenir du QA venait d’être téléchargé pendant la nuit.
Je me suis dit : si je ne m’y mets pas maintenant, je vais finir comme un framework jamais updaté : fonctionnel… mais obsolète.
Alors j’ai commencé à explorer.
Le premier essai : la déception sans drame
Un jour de travail comme les autres, je teste l’idée du moment : générer une liste de cas de tests à partir d’une analyse fonctionnelle. Sans plan précis, sans contexte, sans structure.
L’IA me crache une liste de tests qui semblait jolie… mais décevante au premier regard sérieux. Des manques partout, des demies-idées… Il aurait fallu relire, vérifier, compléter. Autant tout refaire !
Je me suis surprise à hausser les épaules : “Bon… c’est plus long de surveiller l’IA que de le faire moi-même.”
Je n’étais pas en colère. Ce n’était pas un drame. Juste une déception simple mais bien sentie. Comme quand on mord dans un biscuit qui avait l’air meilleur sur la photo.
Le miroir dans lequel je n’avais pas prévu de me voir
En reprenant mes essais, j’ai compris quelque chose qui ne fait pas très plaisir au début : Le problème n’était pas l’IA. Le problème, c’était mes demandes.
Je lui donnais un ticket sans contexte, trois lignes d’intention, zéro contrainte métier et j’attendais de la magie. C’était comme demander à un.e stagiaire du premier jour de rédiger une stratégie de test complète en disant juste : “Tiens, voilà un Jira. Débrouille-toi.”
En changeant mon fusil d’épaule, je lui ai d’abord demandé de me poser des questions pour lui créer un meilleur contexte et le résultat a changé immédiatement.
Et ce miroir-là est très révélateur : quand l’IA ne savait pas… c’est parce que je ne l’avais pas spécifié.
Cette prise de conscience n’était pas confortable, mais elle était lucide, presque apaisante.
Un premier espoir : ce n’est pas impossible… C’est juste exigeant.
Le premier vrai succès : la claque positive
Les premières fois que l’IA a vraiment aidé, j’ai eu un vrai moment de stupeur.
Un truc simple : une petite erreur dans l’interface que je n’avais pas vue. Ensuite, un cas de test lié oublié, puis un effet de bord silencieux.
Ce n’était rien de spectaculaire, mais c’était suffisant pour déclencher une réaction physique : Je me suis redressée, j’ai cligné des yeux et je l’ai relu une deuxième fois.
Et dans ma tête : “Ok, là… il se passe quelque chose.”
Pour la première fois, je n’étais plus seule à surveiller le système. J’avais une deuxième paire d’yeux. Une paire qui ne se fatigue jamais.
La culpabilité douce-amère de lâcher un peu de poids
À partir de là, l’IA est devenue un passage obligé dans mon workflow : analyse de diff, récupération des informations dans Jira, suggestions de points d’attention, idées de tests supplémentaires.
Et là, j’ai commencé à ressentir deux choses en parallèle :
1. Un immense soulagement. Ne plus tout porter seule.
2. Une pointe de culpabilité. Parce que c’était agréable. Trop agréable.
Je m’entendais penser : “Est-ce que j’ai le droit d’être soulagée par une machine ?”
Et la réponse, finalement, était clairement oui.
Le rôle du QA qui retrouve sa couleur
Car l’IA m’a rappelé une vérité simple : L’IA lit, mais moi je comprends.
L’IA propose, mais moi je juge.
L’IA détecte, mais moi j’analyse.
Et quand elle s’emballe en signalant un faux problème, c’est moi qui rassure. Quand elle passe à côté d’une vraie anomalie… c’est moi qui rattrape.
Les QA ne disparaissent pas, ils changent de perspective. On ne devient pas exécutant, on devient chef d’orchestre.
La créativité qui sort de sa torpeur
Et puis, chose que je n’avais pas vue venir : ma créativité est revenue.
À force de routine, je m’étais un peu figée dans mes méthodes. Pas par ennui, juste par la constance de la routine.
L’IA a ouvert une porte dans ma tête : Looker Studio, que je n’avais jamais eu le courage d’explorer. Apps Script dans Google Sheets. Mettre en place un nouveau framework de tests.
Un jour, j’ai réalisé que mon cerveau était en pleine ébullition. Ça faisait longtemps…
Quand la machine adoucit la solitude
J’ai toujours travaillé seule, portant presque tout.
Et l’IA a rempli un espace que je n’avais pas nommé : brainstorm technique, miroir logique, tri des idées, rationalisation des émotions.
Au cœur d’une période difficile, où l’équipe bouclait sur les mêmes bugs sans parvenir à les résorber, j’ai discuté avec l’IA. Objectivement et calmement.
Et la surcharge intérieure s’est calmée, comme une main posée sur l’épaule. Sans jugement, sans soupir ni sans “t’aurais dû”.
Cette conversation m’a permis de proposer une nouvelle stratégie à l’équipe avec confiance. Non pas parce que l’IA avait décidé, mais parce qu’elle m’avait aidée à clarifier ma pensée.
Si je devais retenir une chose
Ce parcours-là, je l’ai vécu comme une traversée émotionnelle : méfiance, déception, lucidité, émerveillement, soulagement, reconnexion à ma valeur… et au final, un peu moins de solitude.
J’espère que, quelque part, vous vous reconnaîtrez. Quel que soit l’endroit où vous en êtes avec l’IA, votre émotion est légitime.
Ce n’est pas un outil neutre, comme un tournevis. Ça touche notre expertise, notre ego, notre sécurité.
Et c’est normal que ça remue.
Si mon parcours peut vous aider à penser : “Je ne suis pas seul.e dans ce que je ressens”, alors l’objectif est atteint.