Blog par : Anouchka Balle

🌍 Cet article est également disponible en anglais : Between Fascination and Anxiety: A Woman’s Honest Journey into the World of Generative AI – Anouchka Balle

Mon histoire avec l’IA générative ressemble certainement à beaucoup d’autres, mais cela me tient à cœur de vous la partager.

J’ai commencé à utiliser l’IA générative très tôt, tout début 2023, et j’ai immédiatement compris que ce serait une révolution. J’étais suspicieuse de savoir par quelle magie cela fonctionnait et en même temps hyper enthousiaste en pensant à tout ce potentiel. 

Je l’ai utilisée aussi bien dans le cadre personnel que professionnel. L’IA m’a aidée à débugger mes tests automatisés, m’a calculé des temps entre 2 timestamps, a reformulé des mails un peu secs… bref, il a été un véritable assistant. Je me sentais tellement puissante, c’était très satisfaisant. 

Oui, pour moi, l’IA est forcément un homme. Est-ce que je suis la seule à le penser? Avez-vous aussi ce biais? Après tout, il répond avec énormément de confiance en lui, même quand il fait des erreurs. Et dans notre système patriarcal, est-ce qu’on arriverait à croire une femme sur parole? En plus, comme je pars du principe que j’ai un assistant, je me sens encore plus puissante! Mouahaha (rire démoniaque 😂)

D’un point de vue personnel, il me rédigeait mes courriers, trouvait des diagnostics aux bobos de la famille, aidait ma fille à réviser ses contrôles, m’aidait à organiser mes vacances… Là aussi, il a été un assistant qui soulageait ma charge mentale. Tout n’était pas parfait, il fallait que je contrôle ses réponses (d’autant plus en tant que QA!), mais ça me déchargeait pas mal.

Malheureusement, comme pour beaucoup de femmes, la fameuse charge mentale n’est pas toute seule, elle vient avec sa petite sœur, la charge environnementale. On dit souvent que l’écologie des petits gestes est une affaire de femmes. En effet, dans un couple typique, on estime que 70 à 90% des gestes d’écologie domestique sont initiés ou suivis par les femmes. C’est bien elle qui me fait faire du compost, fabriquer ma lessive, manger bio, limiter la viande, trier mes déchets… Et qui me fait me renseigner sur l’impact écologique de l’IA… Et là, c’est la chute libre, on s’aperçoit que l’IA est extrêmement consommatrice en eau, en électricité, en métaux et terres rares, et contribue au réchauffement climatique (source : https://share.google/wKn0nboLb6txaqBqi ) et ainsi accentue les conflits géopolitiques.

C’est à ce moment que le sentiment de culpabilité est arrivé. Et bien sûr, l’éco-anxiété qui ne m’avait jamais vraiment lâchée (merci, charge environnementale). 

Alors qu’est-ce qu’on fait de ça ? De ce sentiment de toute puissance, tout en sachant que ce n’est pas hyper responsable, que chaque prompt nous enfonce un peu plus dans la catastrophe climatique ? Cette facilité avec laquelle on exploite les ressources, les machines et le vivant s’inscrit, finalement, dans une longue histoire de domination : celle des hommes sur les femmes, des peuples colonisateurs sur les peuples colonisés, des puissants sur les vulnérables. À la différence près que la destruction de l’environnement met l’ensemble l’humanité en péril. Certes, le danger touche certaines populations avant d’autres… 

Bon! Maintenant qu’on sort du déni et qu’on se rend compte qu’on fait partie des dominants, comment réagir? Et si on regarde l’histoire, comment les groupes dominants ont-ils réagi, à l’époque, lorsqu’ils ont pris conscience que dominer — les femmes, les peuples… — n’était pas éthique ? Quand ils ont compris l’ampleur des conséquences ? Quand ils ont réalisé tous les impacts que cela avait? J’imagine qu’il y en a qui s’en fichent et qui continuent de savourer tranquillement leurs privilèges, persuadés que les conséquences retomberont surtout sur les autres ? D’autres, au contraire, culpabilisent et sentent le poids du système qu’ils entretiennent malgré eux. 

Je fais partie de la team qui culpabilise. Pour l’instant, je n’arrive pas à m’en passer alors j’essaie de limiter mon utilisation, je prends davantage de temps pour faire une requête sur mon moteur de recherche préféré (et si au bout de 3 liens je n’ai pas trouvé mon bonheur, alors je craque et je demande à l’IA). Bien sûr, ce n’est pas toujours possible et l’appel de la facilité peut être fort, surtout dans le contexte professionnel où il faut aller vite. Mais au moins, j’essaie. Je fais de mon mieux et j’essaie. 

Faire de son mieux et essayer, on devrait avoir des points pour ça, non?